
Intervista a Didone
[Perché dopo
"Identificazione di una donna", di Michelangelo Antonioni,
lei si è identificata con Didone?]
«La
mia origine fenicia m'ha condotta misteriosamente al film di
Lina... La mia famiglia è originaria di Trapani, a pochi chilometri da Marsala,
nelle cui acque galleggia l'isoletta fenicia di Mozia... Magari non lo andavo
dicendo in giro, per paura che la gente ridesse di me, ma quando ho incontrato
Lina, a Cannes, nel 1984... Io ero lì perchè il film della regista Fina Torres,
"Oriane", cui avevo partecipato, aveva vinto un premio... quando ho letto questa
storia stupenda... non è soltanto la storia del conflitto tra emancipazione ed
amore, ma anche tra Nord e Sud, tra una civiltà mediterranea che avrebbe potuto
essere unica ed armoniosa, se Enea non avesse vigliaccamente abbandonato Didone,
provocando poi la distruzione di Cartagine da parte dei romani... Tutto questo
c'è nel film, e io l'ho sentito... Così quando Lina è riuscita a varare il film
con l'art. 28, più una sponsorizzazione del Banco di Napoli, io non potevo non
esserci. Abbiamo girato in tre settimane, in fretta, per questa mancanza di
soldi, ma con una passione e un'emozione grandissime: intanto i luoghi,
splendidi, i Campi Flegrei, dall'antica Cuma alle rovine di Baia, al tempio di
Serapide a Pozzuoli, alla solfatara, al rione Terra... Anche la troupe era
coinvolta, ed accade di rado: l'operatore bravissimo, Antonio Tonti, figlio del
famoso Aldo...».
Daniela Silverio,
intervistata da Irene Arconti,
per il
Giorno (13.12.1986).
[Domanda ex post di S.C.]

"DIDONE
NON E' MORTA": il fondamento filologico.
L'intervento di Lina Mangiacapre
Acte du
colloque international organisé à la Sorbonne Nouvelle,
par le
Centre d'Etudes sur l'Antiquité Rémanente (CESAR),
du 6 au 9
décembre 1988.
© CNRS 1990
(immagini scelte tratte dal film)

Pourquoi dire que «Didon n'est pas morte» ? Parce que, de nos jours encore, dans la lutte du peuple palestinien, dans la guerre civile au Liban, dans l'insolence de Khadafi - nouveau Pygmalion -, Didon est présente, avec sa colère et avec son amour. L'amour pour une Méditerranée dans laquelle la lutte des principes n'aboutirait pas à l'effacement ou à la réduction du féminin, et où l'amour ne se réduirait pas à la consommation, mais serait une puissance et une valeur à rechercher par dessus tout.
Enée était, pour Didon, la possibilité d'un avenir - un avenir d'harmonie et non plus de solitude cruelle. Il était celui qui venait d'un pays détruit, il avait comme elle un passé de mort
- et pourtant il allait vers la vie. Enée était, pour Didon, la possibilité d'un avenir qui ne se construirait pas sur l'oubli du passé. Didon, ainsi la voit Virgile : amazone, déesse-femme, guerrière-amante. C'est Didon comme
force, qui, si elle est brisée, porte avec elle la mort : mort-désert. Didon est l'Afrique qui maudit une Europe refusant de l'aimer et la réduisant au désert. La grandeur de Virgile tient aussi à son
amour pour Didon [*].
Didon est le phénix : elle meurt et renaît de ses cendres, dans les mots de Virgile - poésie prophétique -, de Silius Italicus
(Punica), de Métastase (Didon abandonnée), de Flaubert
(Salambô), de Platon aussi, le Platon du Phèdre. Didon dit à Enée : «Tu sais, les
âmes des morts se dissolvent dans la lune comme les cadavres dans la terre». Ce qui unit Didon et Enée, c'est tout à la fois l'amour et la mort, et si le Héros part, c'est pour oublier ses racines : Troie et Didon. Mais Rome, l'ltalie, Naples, ne peuvent pas oublier, et Naples - phénicienne avant d'être grecque - garde le souvenir. Elle le garde à travers les principes féminins portés par la mémoire, et à travers l'amour qui unit les deux sœurs. Anna, de nos jours,
va vouloir arracher Didon au tombeau; elle fera pour cela le voyage dans l'Averne, elle interrogera la Sibylle et lui tendra le rameau d'or, par amour pour l'autre : Didon. C'est la raison pour laquelle j'ai choisi pour décor les Champs Phlégréens, proches
de Naples.
La Triade féminine - Anna, Didon, Barcé - sera l'autre visage, non ignoré de Virgile, mais invisible à qui lit l'Enéide sans le principe féminin.
Didon est l'autre possibilité
-
mais Enée a déjà décidé d'oublier en chemin ses racines : la Sibylle, Cassandre et Penthésilée l'Amazone. Il a décidé de bâtir une cité
-
Rome
-
qui fondera sa propre puissance sur la destruction de Carthage. Mais Hannibal sera le vengeur appelé par Elissa-Didon, et il prononcera le serment de haine éternelle contre les Romains, immortalisé par
Silius Italicus.
Didon n'est pas morte. La civilisation cananéenne n'est pas morte, pas plus que n'est éteinte la lave des volcans. Didon sera ensevelie à la Solfatare,
exactement dans le cratère de Pouzzoles
-
pierre elle-même, mais capable, par la puissance de l'amour, de revenir à la vie, de ressusciter. C'est Anna qui est le lien. Présente chez Virgile, elle a été donnée par d'autres comme amoureuse d'Enée; mais mon interprétation se fonde sur les vers mêmes de Virgile, dans la lamentation sur la mort de sa sœur.
Pour pouvoir mourir, Didon doit éloigner Anna, la tromper, afin d'exclure toute trahison. Il est probable qu'Anna
avait averti Enée, pour provoquer sa fuite, de la mort qui se préparait pour lui, ainsi que l'affirment quelques dictionnaires mythologiques (cf. B.G. Walker : The Woman's Encyclopedia of
Myths and Secrets) et quelques textes carthaginois (cf. Favah Eddine Tlatli, La Carthage punique, Paris, Maisonneuve, 1978) : selon la loi des Amazones, Enée, une fois marié à Didon, devait
être sacrifié. Anna l'a peut-être averti, poussée sans doute par Didon qui avait résolu de mourir à la pIace du Héros. Entre les deux sœurs, la relation est donc de complicité et d'amour
-
un amour au-delà des limites de l'existence.
Je n'ai pas voulu montrer ce danger de mort qu'Enée a fui, parce que le risque d'une mort de lui-même et de son avenir était déjà clair dans le texte virgilien : dès le début, Vénus recommande à Enée de faire attention, mais surtout, dès le début, Didon joue avec la peur du Héros. Ils sont deux guerriers poursuivis par un destin de mort; l'un des deux aurait dû mourir, et ils n'auraient pas dû se rencontrer. Enée était la médiation, Didon la fidélité absolue aux principes anciens. Elle trompe son frère, elle trompe larbas, elle trompe tous les hommes qui jalonnent sa route, pour fonder et défendre sa cité : Carthage. Et Naples également : Kart Adasht - Néapolis, les deux noms sont synonymes, et signifient «Ville Neuve»; et toutes deux ont été fondées par une femme qui s'est suicidée : la Sirène Parthénopé pour n'avoir pas réussi à retenir Ulysse, Didon pour n'avoir pas réussi à retenir Enée. L'habit royal des Phéniciens - les ailes qui enveloppent le corps de la reine jusqu'aux pieds - est conçu de telle sorte qu'il peut évoquer une Sirène, et de fait la Sirène est un symbole phénicien : Didon-Parthénopé.
La
Sibylle est la prophétesse qui a le pouvoir d'accomplir le voyage entre la vie
et la mort. Elle a ce pouvoir aujourd'hui encore sur l'acropole de Cumes, dans
la fameuse Grotte : c'est le sentier qui permet de faire la traversée non
seulement de la vie à la mort, mais aussi dans le temps : de l'histoire
contemporaine au mythe. Depuis les racines du présent, à travers l'amour,
l'espace et le temps peuvent être franchis : la Sibylle symbolise et réalise
cette possibilité. Sa logique est une autre logique, une logique binaire entre
veille et sommeil, présent et passé, vie et mort. La Sibylle dira (ce sont les
mots de Virgile) : «Il est facile de traverser l'Averne, difficile de retrouver
les étoiles». Mais Didon veut l'amour d'un homme et veut lui conserver le
pouvoir, dans une organisation sociale totalement différente de celle qu'ensuite
Enée construira avec Rome. On devra attendre Héliogabale - un Syrien - pour que
reviennent à Rome les Amazones, avec les quatre Julia.
Le mythe comme contemporanéité ! Quel lieu choisir pour le début d'une histoire qui permette le passage de l'un à l'autre ? C'est, dans le film, la discothèque, avec l'exposition des sculptures en tuf dont Anna est l'auteur. Dans la discothèque, l'art ainsi se mêle au spectacle. Le sentier, ce sont la
musique et la danse. L'expression des corps, niée par notre société, les rituels
brisés, oubliés, effacés, prennent forme aujourd'hui et peuvent se manifester à
travers les concerts et les discothèques. Et c'est de là que part mon film.
En ce qui concerne san écriture, le rapport entre le tuf des Champs Phlégréens,
riches d'ors et d'ocre, et la symbolique même des Phéniciens, inventeurs de la
pourpre, m'a fourni la clef pour les couleurs. Quant à la musique, elle est
issue de la recherche iconographique (flûtes, tambours, cymbales, cithares,
bruits d'eau) et de la rencontre avec ma propre musique, que j'appelle «Musique
des Sirènes».
Et j'ai tenté de rendre le rapport entre le mythe et la contemporanéité par la
fusion des instruments classiques et électroniques.
Didon
se situe ainsi entre le mythe et la science-fiction, et une sensibilité
ésotérique s'unit en elle à une lucidité politique. Les éléments - eau et feu -
liés aux personnages et aux lieux ont déterminé la sonorité du film.
(Trad. R. Martin, revue par
l'auteur)
[*] Lors de la projection du film à la Sorbonne Nouvelle, le soir du 8 décembre, quelques étudiants m'ont dit s'être reconnus dans Enée, dans son
désespoir, dans sa solitude, et m'ont demandé quelle était «l'autre chance» que
Didon pouvait donner au Héros. Je leur ai répondu que ce ne pouvait pas être
seulement une réponse d'amour, mais un retour aux principes oubliés, et surtout
un changement des relations entre l'Europe et l'Afrique.
