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Le complot

(traduction par Jean-Yves Maleuvre)

Campagne aux environs de Mantoue [1]. A notre époque.

(Entre Carnéade. Il hésite, erre sur la scène, hésite encore).

Carnéade: O chantre de Rome, poète des poètes, toi qui franchis les océans et les montagnes, toi qui franchis les millénaires, consens aujourd'hui à ce que le Destin complote contre les dieux.

Toi qui possèdes la clé de nos âmes,  toi qui règnes sur nos affects, ne blâme pas ma misérable plume, car je ne suis ni poète, et encore moins prêtre des Muses.

Et n'arrête pas ma main, je sais que tu m'approuves.

Or donc, grand Virgile, poète suprême, qui viens à nous de si loin, moi, Carnéade, je t'invoque: laisse-moi comploter contre le Destin, et ne dédaigne pas de répondre à un Carnéade de mon époque.

Descends de tes hauteurs, viens à mon niveau, divin Poète.

(Entre Virgile, Carnéade s'incline)

Virgile: Je ne suis pas le maître du Destin, Carnéade (puisque tu tiens à ce nom).

Mon oeuvre est ma vie offerte au genre humain, y compris à Carnéade de Cyrène [2], et à tous ceux qui viendont à sa suite.

Rappelle plutôt à tes contemporains que je n'ai pas écrit une fois pour toutes, mais toutes les fois en une seule.

Pas une fois pour toutes, mais une fois pour toujours.

Jean-Auguste-Dominique Ingres

Virgile récite l'Énéide à l'Empereur Auguste

(1812)

Carnéade: Mon époque a de tout autres intérêts, d'autres lectures, d'autres spectacles.

Et pourtant, c'est encore ta langue que nous parlons.

Virgile: Inutile de te lamenter, Carnéade.

Tant de vaines paroles ont déjà été répandues autour des miennes.

Tu viens toi-même de laisser entendre que le Destin n'est plus dans la main des dieux.

Aujourd'hui les gens de goût choisissent eux-mêmes leurs lectures et leurs spectacles.

Et nombreuses sont encore les âmes que mes mots font vibrer.

Me voici à tes côtés pour soutenir les tiens avec les miens.

Donc, je te le demande: qu'ambitionnes-tu de chanter dans ton oeuvre?

Carnéade: Je chante la malheureuse Elissa [3], qui de Tyr [4] s'exila sur les côtes d'Afrique.

(Un instant, l'expression de Virgile se fait particulièrement intense; puis le poète soulève le voile qui cachait le trône de Didon et quelques éléments architecturaux dans le style classique)

Carthage à l'époque reculée de ses premiers développements.

Virgile: Tu veux chanter une si grande Reine?

Hardie est l'entreprise, Carnéade.

Consens donc que ce soit mes mots qui préparent la scène...

Carnéade: Je n'en ai pas le droit, Maître: la trame doit être tissée de mes erreurs.

Je ne m'autoriserai qu'un seul accroc, unique et précieux, et tu en reconnaîtras la maille.

Virgile: Mais quel complot trames-tu donc, Carnéade?

Carnéade: Où serait le complot s'il t'était révélé à l'avance?

Mais au-delà du complot de Busenello, j'assume la responsabilité de mon art misérable.

Virgile: Le valeureux Giovan Francesco, le fin avocat de Venise, grande lumière de ton époque. Non, je n'ai pas à me plaindre de lui, lui qui a jeté sur ma créature un juste regard.

Irrespectueux il ne l'a pas été envers moi, mais envers tous ceux qui regardent la poésie comme un cristal superficiel, fixe et immobile comme le marais du Styx [5].

Carnéade: Tes paroles m'aiguillonnent. Déjà j'ourdis ma trame.

Virgile: Et moi je ne m'absente qu'à vos regards.

(Virgile sort, pendant que Carnéade s'incline)

Carnéade: Où es-tu, illustre Busenello? Je t'invoque, Maître.

De ta Venise natale, si tu le veux bien, rejoins-nous en ces lieux, puisque désormais tu transcendes l'espace.

Et ne dédaigne pas de répondre à un Carnéade de mon époque, mais parle-lui dans son langage.

(Entre Busanello, Carnéade s'incline)

Busenello: Je m'intéressais déjà à ton complot naissant, Carnéade, mais je n'en connaissais pas les participants.

Mon sage Iarbas sera-t-il encore le meilleur d'entre eux?

Carnéade: L'idée de ce complot, c'est à ton génie que je la dois, mais il faut que tu patientes.

Car moi aussi j'écris, avec mes faibles moyens, pour mépriser à ton égal.

Mais je procède par des voies complexes, et non par des mariages.

Je n'ai cure des bons offices de Mercure, encourage-moi plutôt de tes sages paroles.

Je t'en serai reconnaissant, et te prie d'excuser mon langage effronté.

Busenello: Alors, soit! Ce n'est certainement pas moi qui te blâmerai pour ton complot.

Pourvu que la cause soit bonne...

Tu sais ce que j'ai dit à ce sujet [6], Carnéade...

(Il semble faire effort pour se rappeler quelque chose; finalement, il se cite lui-même)

De nos jours les poètes ne peuvent plus

Représenter les fables à leur façon.

Il erre loin du sentier du vrai

Celui qui a écrit cette sentence.

Ou désires-tu que je te remémore la scène?

Carnéade: Non. Comme je le disais à notre Maître commun, de mes propres erreurs doit être tissue ma trame.

Je ne m'approprierai tes mots lumineux, avec ta permission, qu'à deux reprises seulement, et tu sauras les reconnaître.

Busenello: Je prends donc congé, Carnéade; mais je ne m'éloigne qu'à tes regards.

(Busenello sort, pendant que Carnéade s'incline)

Carnéade: Maintenant je vous dirai qui nous allons bientôt rencontrer...

L'histoire susurre, la légende proclame, et nous, nous supposons que la très belle Elissa était la fille du roi Bélus de Tyr, qui la maria au riche Sychée. Heureuse fut cette union, car l'ardente Elissa vouait à son mari un amour partagé.

Mais vint le dernier jour du sage roi Bélus, et son cruel fils, Pygmalion, réclama la couronne.

Aussitôt deux factions se formèrent à Tyr, et c'est ainsi que Pygmalion fit assassiner son influent beau-frère.

Par amour du pouvoir et par soif de richesse.

Il s'apprêtait à parachever son crime en répandant le sang de sa propre soeur, quand Sychée apparut en songe à son épouse bien-aimée qui ignorait encore l'horrible forfait, afin de l'exhorter à quitter Tyr en l'avertissant des desseins de son frère.

Alors Elissa, avec une ruse homérique, rassembla ses partisans et prit le large avec eux.

Anna, Cadmus, Lycoridas et Simonide, que nous rencontrerons bientôt, faisaient partie de ses fidèles.

De ce moment, la Reine sans royaume parcourut les mers et dirigea des entreprises dignes d'une épopée, jusqu'à son arrivée sur les rivages de la Libye où, avec une ruse mathématique, elle se tailla l'espace nécessaire pour bâtir la haute Carthage.

(Il montre les précieux éléments architecturaux autour de lui)

Mais le jeune royaume fut bien vite assailli par les Seigneurs de l'Afrique, dont le plus farouche était le Gétule Iarbas, fils de Jupiter; ils brûlaient tous de posséder la florissante cité, ils brûlaient tous de posséder Didon (de ce nom désormais la Reine s'appelait).

Et c'est ainsi que nous arrivons à l'époque de notre drame.

Or donc, en ces mortels dangers, il arriva, par un caprice des flots, du destin et de la poésie, que le Troyen Enée, rescapé des flammes qui avaient anéanti sa ville, fut jeté sur les côtes de la Libye.

Didon le recueillit avec ses compagnons d'exil, et généreusement leur offrit à tous l'hospitalité, et même la citoyenneté [7].

Francesco Solimena

Didon recevant Énée et Cupidon déguisé en Ascagne

(1720, Londres, National Gallery)

“Entre Troyens et Tyriens je ne ferai aucune différence”.

Ainsi parla la Reine.

Claude Lorrain

Didon montrant Carthage à Énée

(1676, Hambourg, Kunsthalle)

William Turner

Didon faisant construire Carthage

(1815, Londres, National Gallery)

Grande est la fascination exercée par le héros troyen, grande sa renommée, prodigieux le récit de ses aventures.

Pierre Narcisse Guérin

Énée racontant à Didon les malheurs de la ville de Troie

(1819, Bordeaux, Musée des Beaux-Arts)

Un destin malheureux, un même deuil au coeur, une même souffrance.

Encore saignante de la perte d'un mari tant aimé, et bien que vouée depuis longtemps à la froide solitude du coeur, Didon sentit soudain l'ancienne flamme se rallumer en elle avec violence.

Celle de sa prime jeunesse.

Celle dont elle avait brûlé pour Sychée.

Mais les aventures du coeur se répètent sans se ressembler, et il est imprudent pour une Reine d'obéir à  ses sentiments.

Car un grand héros n'a pas coutume de refuser les trophées. Surtout un trophée d'une pareille splendeur. Ainsi s'accomplit la boiteuse union d'une Reine qui s'abaissait et d'un Roi qui s'élevait.

Aussitôt ce monstre nommé Rumeur, cette sordide déesse qui souille les êtres purs, s'empresse d'en répandre la nouvelle aux quatre vents.

Elle traîne tout dans la boue, ne parle que de faute, d'erreur fatale, de veuvage trahi, de révolte des sens. Il n'était pas permis d'employer le mot "amour" pour une passion comme celle-là, maudite et illicite.

Que cette sordide déesse ait l'aspect d'un monstre véritable, puisque c'est sous ces traits que la dépeint le poète suprême, ou bien que pur esprit elle s'abrite dans les ténèbres du coeur humain, c'est là simple débat philosophique.

Mais qu'elle soit immortelle à l'égal des paroles du Maître, on n'en peut pas douter, car le coeur humain est immuable.

Iarbas en apprenant la chose explose de colère.

Iarbas, roi de céleste ascendance et de terrestres convoitises.

Voici donc que la brève idylle de la Reine touche à sa fin, et avec elle la fortune de Carthage.

(Les éléments architecturaux de style classique, placés autour du trône, s'écroulent grâce à un dispositif scénique)

William Turner

Le déclin de l'Empire carthaginois

(1817, Londres, Tate Gallery)

De sombres présages s'accumulent sur la blonde tête couronnée.

La douce idylle de Didon touche à sa fin, et son coeur anxieux interroge maintenant celle qui partage ses angoisses.

(Il indique la partie opposée de la scène, et sort)

[ Acte Premier - Scène Quatrième ]     [ Acte Quatrième - Scène Sixième ]

[1] Ville de Gaule Cisalpine aux environs de laquelle Virgile naquit le 15 octobre 70 av. J.-C.

Fondée par les Etrusques au 6ème siècle, elle devint en -214 la Mantua romaine.

[2] Philosophe grec (214-129), totalement inconnu au don Abbondio de Manzoni; synonyme depuis de "personne peu connue ou ignorée" (Zingarelli).

[3] Nom phénicien de Didon.

[4] Antique ville côtière de Phénicie, dans l'actuel Liban.

[5] Le Styx était le fleuve le plus important des enfers dans la mythologie gréco-romaine.

Au 6ème livre de l'Enéide (436 - 439), il entoure les enfers de neuf cercles:

Mais comme ils voudraient, les malheureux,

être sur terre et endurer la pauvreté et les autres misères de la vie!

Mais le Destin le leur interdit, et neuf fois autour

d'eux le Styx odieux les cerne et les enveloppe.

Maleuvre.

[6] Le morceau qui suit est extrait de l'acte II, scène 12, où c'est Iarbas qui le prononce, mais il ne fait pas de doute qu'il s'agisse d'une réflexion personnelle de l'auteur.

Aussi est-il mis ici sur les propres lèvres de Busenello.

[7] L'hommage d'Enée à Didon (En. I, 595-610):

"Le voici devant vous, celui que vous cherchez,
le Troyen Énée, qui s'est arraché aux ondes libyennes.
Ô toi, la seule à avoir pris en pitié les épreuves indicibles de Troie,
nous, restes échappés aux Danaens, qui sommes épuisés
par tous les malheurs sur terre et sur mer, et totalement démunis,
tu nous associes à ta cité, à ta maison; te remercier dignement, ô Didon,
nous ne le pouvons pas, pas plus que ne le peuvent les quelques survivants
de la nation dardanienne disséminés un peu partout dans le vaste monde.
Puissent les dieux, si la piété des hommes compte pour des divinités,
s'il y a quelque part une justice et une intelligence consciente du bien,
t'accorder des récompenses dignes de toi. Siècles heureux qui t'ont vue naître!
Quels parents ont mis au monde une telle merveille?
Tant que les fleuves courront vers la mer, que dans les montagnes
les ombres occuperont les vallées, que le ciel mènera paître les étoiles,
toujours ta gloire, ton nom, tes louanges subsisteront,
où que je sois appelé sur terre".

Boxus - Poucet.

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